RĂ©servez le vendredi 12 juin dans vos agendas !

En effet, La Fabrique du pré et La Traversière fêtent leur 15ème et 25ème anniversaires.

Le thème de la journée sera centré sur les Transmissions. Le programme détaillé vous parviendra prochainement.

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La Parenthèse en ligne !

N’hĂ©sitez pas Ă  voir ou Ă  revoir le court mĂ©trage La Parenthèse rĂ©alisĂ© par l’asbl La Traversière qui est maintenant disponible sur notre site via la rubrique « RĂ©alisations« .

 

La Parenthèse

L’asbl La Traversière vous prĂ©sente le court mĂ©trage : La Parenthèse.

Rendez-vous le 14 mai à 18h45 au cinéma Wellington à Waterloo.

Le prix d’entrĂ©e est de 3€.

Affiche Parenthèse

 

A lire

Voici plusieurs textes qui donnent plus de contexte Ă  notre projet de l’asbl la Traversière

Nos patients ne sont pas seulement des patients: interview fait par Labiso (laboratoire des innovations sociales)

D’oĂą vient le nom la Traversière?

Les références du projet de la Traversière.

La place Delafolie de Paul Hermant

 

Le nom la Traversière

- bateau qui fait le va-et-vient entre deux points
– fort cordage dont l’un des bouts se fixe autour du collet d’une ancre de bossoir.

Point de solide arrimage et véhicule de passage d’une rive à l’autre, vouée aux aventureuses traversées, que peut-on lui souhaiter à cette coque « Traversière », si ce n’est bon vent !!!

A son bord, les marins qui n’en sont pas à leur premier voyage, ont le cœur à l’ouvrage et la passion de la mer.
De petit tonnage, le navire qui remonte lentement le courant, essaie de mener ses passagers à bon port (même s’il faut parfois changer le cap) et, sans cou/férir, les transborde avant les rembarquements déjà proches.
Il ne craint guère les longs périples avec théories de tempêtes, privations, incertitudes.

Toujours en mouvement, « La Traversière » rencontre sur sa route nombre de naufragés, de provenances diverses (navires échoués, abordés ou sabordées), parfois d’origines incertaines. Sagement alors, elle jette l’ancre et se met en rade le temps qu’il faut pour remonter à bord (le cas échéant, on met la chaloupe à la mer), prendre pied avec lui et langue avec l’équipage. Les rescapés, une fois restaurées et rassénérés, participant à nouveau de l’esprit du voyage, disent eux-mêmes leurs lointaines destinations.

Jean-Marc Poellaer

Texte venant du livre d’or, Ă©crit en septembre 1990

Contexte et histoire

La Traversière se rĂ©fère Ă  plusieurs courants que nous pouvons repĂ©rer dans le soin psychiatrique. Les rĂ©fĂ©rences les plus marquĂ©s sont celle de le pathoanalyse et l’anthropopsychiatrie comme dĂ©veloppĂ© par Jacques Schotte et le mouvement de la psychothĂ©rapie institutionnelle avec François Tosquelles (L’hĂ´pital Saint Alban en France) et Jean Oury (L’hĂ´pital la Borde en France).

Le pathoanalyse et l’anthropopsychiatrie

Jacques Schotte s’est formĂ© dans plusieurs pays et a continuĂ© Ă  y garder des liens, ce qui fait qu’il avait une expĂ©rience très diverse et riche en tant que psychiatre et psychanalyst. En rencontrant LĂ©opold Szondi, il a pu rassembler ses expĂ©riences dans une thĂ©orie qui s’est beaucoup inspirĂ© de Freud, Lacan, les Hongrois comme Imre Hermann etc. Surtout ses articulations autour des pathologies de la dĂ©pression et de la manie, en reliant cela Ă  ce qu’il appelle le vecteur du contact, nous permets de tenir compte d’une dimension basale qui est celle de la confiance de base, la possibilitĂ© de pouvoir s’accrocher dans notre monde. Se basant sur le principe du cristal de Freud, il a dĂ©veloppĂ© une pensĂ©e autour de cette « chance » que l’ĂŞtre humain a de pouvoir tomber malade mentalement, ce qui nous montre comment nous sommes tous polymorphe pathologiques.  A signaler que Jacques Schotte a aussi participĂ© activement au GT Psy, moments de rencontre autour les questions de la psychothĂ©rapie institutionnelle en France, et y devenu grand ami de Jean Oury. François Tosquelles parlait de sa façon de concevoir l’ĂŞtre humain Ă  partir de sa pathologie en rĂ©fĂ©rence Ă  Szondi comme « une danse pulsionnelle ».

La psychothĂ©rapie institutionnelle aujourd’hui

Historique. Jacques Azoulay. Extrait

La notion de psychothĂ©rapie institutionnelle est apparue en France dans l’immĂ©diat après-guerre, Ă  travers la nĂ©cessitĂ© de transformer les anciens Asiles d’aliĂ©nĂ©s, dĂ©nommĂ©s HĂ´pitaux Psychiatriques en 1938, en instruments de soins authentiques.
La dĂ©marche est inaugurĂ©e par Tosquelles, Balvet, BonnafĂ© pendant la guerre. Daumezon et Koeklin officialisent le terme en 1952, dĂ©signant des expĂ©riences de plus en plus variĂ©es, voire divergentes. Un dĂ©nominateur commun subsiste : la rĂ©fĂ©rence Ă  la psychanalyse et aux thĂ©rapies de groupe, et pour certains, l’importance donnĂ©e aux aspects sociologiques, voire politiques.

Le mouvement se poursuit pour rĂ©pondre aux nĂ©cessitĂ©s du traitement des psychoses graves, et en particulier des Ă©tats schizophrĂ©niques. Mais il s’adresse aussi Ă  un certain nombre d’Ă©tats limites dans des moments critiques de leur parcours.

Dans les annĂ©es 1960-1970, on peut opposer les travaux du groupe de la  » PsychothĂ©rapie Institutionnelle  » (Tosquelles, Oury, etc), d’inspiration surtout lacanienne, et la notion de  » Soins Institutionnels  » (Racamier), complĂ©mentaires du traitement psychanalytique individuel.

Les expĂ©riences de psychothĂ©rapie institutionnelle se veulent aujourd’hui plus modestes ou plus rĂ©flĂ©chies. Mais l’importance de l’aspect institutionnel du traitement global des psychoses s’affirme, compte tenu des dĂ©ceptions que les psychothĂ©rapies individuelles des Ă©tats psychotiques graves ont provoquĂ©es.

Ainsi s’Ă©labore peu Ă  peu, dans chaque institution particulière, en s’appuyant sur des donnĂ©es largement convergentes, une possibilitĂ© de tirer partie, dans un sens dynamique, des Ă©changes de la vie quotidienne, dans tous les lieux oĂą des soignants psychiatriques et des thĂ©rapeutes accueillent des malades mentaux.

La psychothérapie institutionnelle de Saint Alban à La Borde

Jean Oury. Extrait de Conférence.

Jean Oury est nĂ© en 1924. Interne a l’hĂ´pital de Saint-Alban puis dans le Loire et Cher, il quitte ce poste suite a Ă  une dispute pour fonder, accompagnĂ© de ses patients – psychotiques pour la plupart – la clinique de La Borde. Une clinique psychiatrique ou une institution spĂ©cialisĂ©e situĂ©e dans un drĂ´le de château perdu au milieu des bois qui n’a rien de commun avec l’idĂ©e la plus optimiste qu’on pourrait se faire de l’hĂ´pital, et a fortiori rien Ă  voir non plus avec la rĂ©alitĂ© d’une maison de soins… La Borde a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e par Jean Oury, en 1953

…Ce mouvement de psychothĂ©rapie institutionnelle s’est dĂ©veloppĂ© autour de mĂ©decins et d’infirmiers. Les hĂ´pitaux gardaient en gĂ©nĂ©ral, une structure carcĂ©rale, concentrationnaire. Des infirmiers, pendant la guerre, avaient Ă©tĂ© prisonniers, certains avaient Ă©tĂ© dans des camps de concentration. Quand ils sont rentrĂ©s, ils avaient une vision du monde diffĂ©rente : leur milieu de travail, le mĂŞme qu’avant-guerre, leur rappelait l’expĂ©rience qu’ils venaient de traverser dans les camps de concentration…
C’est un Ă©vĂ©nement dans la vie de quelqu’un de reprendre sa profession d’avant-guerre et de se retrouver Ă  peu près dans la mĂŞme atmosphère que dans les camps de concentration. Vous savez que pendant l’occupation, il y a eu en France une telle misère dans les hĂ´pitaux psychiatriques que 40 % des malades y sont morts de faim. Cela crĂ©ait un terrain assez favorable pour une prise de conscience, non seulement individuelle mais collective, impliquant la nĂ©cessitĂ© de changer quelque chose. J’aime bien rappeler cette origine de la psychothĂ©rapie institutionnelle. On a souvent, en effet, trop tendance Ă  se diluer dans des choses assez abstraites, soi-disant thĂ©oriques, et de perdre en fin de compte l’essence de la question. On pourrait donc dĂ©finir la psychothĂ©rapie institutionnelle, lĂ  oĂą elle se dĂ©veloppe, comme un ensemble de mĂ©thodes destinĂ©es Ă  rĂ©sister Ă  tout ce qui est concentrationnaire.

Concentrationnaire, c’est peut-ĂŞtre un mot dĂ©jĂ  vieilli on parlerait actuellement bien plus de  » sĂ©grĂ©gation  » . Or, ces structures de sĂ©grĂ©gation existent partout, de façon plus ou moins voilĂ©e. Tout entassement de gens, que ce soit des malades ou des enfants, dans n’importe quel lieu, dĂ©veloppe, si on n y prend pas garde, des structures oppressives. Simplement le fait d’ĂŞtre dans un collectif, avec une armature architecturale et conceptuelle vieux jeu. La psychothĂ©rapie institutionnelle, c’est peut-ĂŞtre la mise en place de moyens de toute espèce pour lutter, chaque jour, contre tout ce qui peut faire reverser l’ensemble du collectif vers une structure concentrationnaire ou sĂ©grĂ©gative…

 

La place Delafolie par Paul Hermant

La Place Delafolie est un grand espace vide qui ne dessert qu’une supérette appelée curieusement « Le Mutant », on y trouve également une salle des sports et si on marche plus loin et que l’on monte un peu, on accède au terrain de football.
Il est urgent de réaménager la place Delafolie. Les voitures y roulent trop vite quand elles vont vers la Poste. Et puis, c’est un vaste lieu désert qui n’accueille le marché que le dimanche matin et la kermesse aussi, de temps en temps. On y dépose fréquemment des déchets.
Les gens d’Auneuil se demandent bien quoi faire de la place Delafolie, ils ne sont pas trois mille à Auneuil, c’est près de Beauvais, pas loin de Gisors aussi, et Paul Delafolie est une petite notoriété locale de ce gros bourg picard qui, si on observe bien ses maisons ouvrières et ses corons, est tout en rouge, jaune et noir, c’est la couleur des céramiques qu’on y fabriquait jusque vers la fin du vingtième siècle. Aujourd’hui toutes les fabriques sont fermées et la place Delafolie est vide. C’est dommage qu’il n’existe pas de buraliste, sur la place Delafolie à Auneuil. Peut-être qu’il distribuerait les vignettes Panini Skyzos.
Lillo Canta m’a dit, ce serait bien que tu fasses quelque chose sur la place de la folie aujourd’hui. Hé bien, Lillo, je ne peux pas dire mieux. C’est la seule place de la folie que j’ai trouvé. Et encore, tu l’auras noté, s’agit-il d’un patronyme. La toponymie ou, pour mieux dire, l’odonymie qui est la science du nom des rues, possède bien des rues du Bonheur, du Charme ou de la Beauté, elle ne dispose pas de rues de la Folie en trois mots, ou bien de la Peur, par exemple, pas plus que des rues de l’Autre ou de l’Etranger et dans les nouveaux quartiers aujourd’hui on croise partout des sentiers des Alouettes, des avenues des Perdrix ou des chemins des Mésanges : nommer reste un exercice périlleux.
Et l’on prĂ©fère aujourd’hui urbaniser comme les Hollandais le faisaient et comme les AmĂ©ricains l’ont fait Ă  leur suite : des angles droits coupant des rues droites, il est plus aisĂ© de donner des noms conformes Ă  ce qui est rectiligne, Les rues n’ont plus de recoins, plus d’angles morts, Ça facilite les rapports de force, Il n’y a plus d’amoureux, plus de bancs publics, c’est une vieille chanson de Bernard Lavilliers, la Grande MarĂ©e, et non, il n’y a pas cela, mais il y a des rues qui ont des noms d’oiseaux.
Et les zones de turbulence sont désormais celles que l’on trouve au pied des grappes d’immeubles tours où tous les vents coulis s’engouffrent et où même les oiseaux finalement se perdent. Ce sont les seules vraiment licites en ville. Elles nous donnent froid, le rhume et la mesure du rapport de la force. Quant aux bancs publics, on voit ici et là que le design se charge du dos de celui qui voudrait s’y allonger. Il faut imaginer ici les bureaux d’architectes et les appels d’offre. Faites nous s’il vous plaît un siège sur lequel s’asseoir serait inconfortable, dormir impossible. Vous pouvez faire ça ? Pas de problème, on le fait tous les jours.
Mais il faut imaginer surtout qu’il n’y a plus aujourd’hui d’espace public qui se construise sans le souci de sa propre sécurité, c’est-à-dire dans la séparation du semblable et la tentation de l’identique. On voit par exemple, dans les villes, de plus en plus de places publiques vides, planes, sans obstacles, sans recoins, observables en stationnant quelques instants, avec un regard circulaire et un gyrophare, aisément contrôlables, aux mêmes petits pavés, au matériel d’éclairage identique, à l’aménagement comparable à tellement d’autres places comparables, de sorte que nous sommes partout à la même place, ces places ont beau être dites publiques, elles nous rendent à la fois communs et confondus. Et pourtant tellement insulaires. On pourrait les appeler comme ça : des îles publiques. A moins bien sûr que ces places vides, on ne décide finalement de les nommer toutes : « Place De la Folie ».
Il y a quelques jours, je faisais quelques pas avec la marche des chômeurs, partie du Luxembourg pour venir à Bruxelles, lors de ce week-end européen sur la précarité. Parce que la précarité, on le sait, est ces temps-ci sous présidence belge. Ces chômeurs et aussi ces sans abris avaient choisi de se déplacer. C’est-à-dire d’aller vers une autre place. Ou de changer la leur. Ils avaient adopté pour cela la seule position qui tienne, la position debout. Six jours de marche, donc, partis du village de Humain, c’est près de Rochefort, pour aboutir aux marches de la Bourse à Bruxelles. Une marche vers des marches, de Humain à la Bourse, ça dit beaucoup de ce qui est laissé au mouvement, de comment le cheminement se fait, de comment quand on marche on fabrique du temps, sans doute, des images, bien sûr, mais aussi des mots. Se déplacer, trouver sa place, c’est aussi aller d’un mot à l’autre.
« Je prends mon malade en patience », disait Vincent, la dernière fois Ă  la Traversière. La transgression du lapsus Ă©veille le mouvement : on se dĂ©place d’une image mentale Ă  une autre. Du mal au malade, du malade Ă  la patience et de la patience Ă  la rĂ©sidence, par exemple, pour ce qui concerne mon propre cheminement. Vincent qui a donc mal, qui est donc malade, qui est donc un patient est aussi rĂ©sidant Ă  la Traversière, c’est-Ă -dire aussi que le mot qui dit sa place est dĂ©jĂ  problĂ©matique. Comment en effet Ă©crire rĂ©sidant ? Avec un a ou avec un e ? Est rĂ©sidant avec un a celui qui habite dans son pays. Est rĂ©sident avec un e, celui qui habite un autre lieu que son lieu d’origine. Quand on habite son propre pays, mais dans un autre lieu que son lieu d’origine, comment alors Ă©crit-on son nom ? De temps en temps, l’orthographe et la grammaire renvoient aussi Ă  l’architecture intĂ©rieure et Ă  l’amĂ©nagement de son propre territoire. Et ce rĂ©sident Ă  deux graphies, cet homonyme qui n’est pas synonyme, mais qui dit bien pourtant comment il s’agit de toute manière d’être identifiable quelque part, fait partie des coins sombres, des plis, des recoins, des angles morts d’une langue qui n’est ni plane ni vide, qui contient ses propres obstacles et que l’on ne peut contrĂ´ler.
A une époque où le souci de sécurisation de la place publique invite à criminaliser toutes sortes de non conformismes et à faire de chaque inadaptation un diagnostic clinique  — à activer celui-ci comme à désactiver celle-là par exemple ou à amalgamer maladie mentale et délinquance par un autre exemple—, à un moment donc où certains mots ne nomment plus rien que leur propre insuffisance devant le réel, il est extrêmement rassurant de se dire que ce sont par la folie que revient le souci de l’organisation de la communauté, du vivre ensemble et du bien public. C’est, peut-être, parce qu’ici l’on aura pris à cœur de chercher quelle architecture réserver au corps, aux mots, aux maux, au temps et à l’espace quand ils vont ensemble que nous saurons comment mieux habiter demain. C’est Lucien Bonnafé qui disait cette phrase célèbre : « On juge le degré de civilisation d’une société à la manière dont elle traite ses fous, ». Eh bien, c’est le contraire. On juge le degré de civilisation d’uns société à la manière dont elle est traitée par ses fous.

Paul Hermant, intervention orale lors de la journée anniversaire de l’asbl La Traversière, 29 octobre 2010