Jean Oury. Extrait de Conférence.
Jean Oury est né en 1924. Interne a l'hôpital de Saint-Alban puis dans le Loire et Cher, il quitte ce poste suite a à une dispute pour fonder, accompagné de ses patients - psychotiques pour la plupart - la clinique de La Borde. Une clinique psychiatrique ou une institution spécialisée située dans un drôle de château perdu au milieu des bois qui n'a rien de commun avec l'idée la plus optimiste qu'on pourrait se faire de l'hôpital, et a fortiori rien à voir non plus avec la réalité d'une maison de soins La Borde a été créée par Jean Oury, en 1953
Ce mouvement de psychothérapie institutionnelle s'est développé
autour de médecins et d'infirmiers. Les hôpitaux gardaient en général,
une structure carcérale, concentrationnaire. Des infirmiers, pendant
la guerre, avaient été prisonniers, certains avaient été
dans des camps de concentration. Quand ils sont rentrés, ils avaient
une vision du monde différente : leur milieu de travail, le même
qu'avant-guerre, leur rappelait l'expérience qu'ils venaient de traverser
dans les camps de concentration
C'est un événement dans la vie de quelqu'un de reprendre sa profession
d'avant-guerre et de se retrouver à peu près dans la même
atmosphère que dans les camps de concentration. Vous savez que pendant
l'occupation, il y a eu en France une telle misère dans les hôpitaux
psychiatriques que 40 % des malades y sont morts de faim. Cela créait
un terrain assez favorable pour une prise de conscience, non seulement individuelle
mais collective, impliquant la nécessité de changer quelque chose.
J'aime bien rappeler cette origine de la psychothérapie institutionnelle.
On a souvent, en effet, trop tendance à se diluer dans des choses assez
abstraites, soi-disant théoriques, et de perdre en fin de compte l'essence
de la question. On pourrait donc définir la psychothérapie institutionnelle,
là où elle se développe, comme un ensemble de méthodes
destinées à résister à tout ce qui est concentrationnaire.
Concentrationnaire, c'est peut-être un mot déjà vieilli
on parlerait actuellement bien plus de " ségrégation "
. Or, ces structures de ségrégation existent partout, de façon
plus ou moins voilée. Tout entassement de gens, que ce soit des malades
ou des enfants, dans n'importe quel lieu, développe, si on n y prend
pas garde, des structures oppressives. Simplement le fait d'être dans
un collectif, avec une armature architecturale et conceptuelle vieux jeu. La
psychothérapie institutionnelle, c'est peut-être la mise en place
de moyens de toute espèce pour lutter, chaque jour, contre tout ce qui
peut faire reverser l'ensemble du collectif vers une structure concentrationnaire
ou ségrégative