Contexte et histoire

La Traversière se réfère à plusieurs courants que nous pouvons repérer dans le soin psychiatrique. Les références les plus marqués sont celle de le pathoanalyse et l’anthropopsychiatrie comme développé par Jacques Schotte et le mouvement de la psychothérapie institutionnelle avec François Tosquelles (L’hôpital Saint Alban en France) et Jean Oury (L’hôpital la Borde en France).

Le pathoanalyse et l’anthropopsychiatrie

Jacques Schotte s’est formé dans plusieurs pays et a continué à y garder des liens, ce qui fait qu’il avait une expérience très diverse et riche en tant que psychiatre et psychanalyst. En rencontrant Léopold Szondi, il a pu rassembler ses expériences dans une théorie qui s’est beaucoup inspiré de Freud, Lacan, les Hongrois comme Imre Hermann etc. Surtout ses articulations autour des pathologies de la dépression et de la manie, en reliant cela à ce qu’il appelle le vecteur du contact, nous permets de tenir compte d’une dimension basale qui est celle de la confiance de base, la possibilité de pouvoir s’accrocher dans notre monde. Se basant sur le principe du cristal de Freud, il a développé une pensée autour de cette « chance » que l’être humain a de pouvoir tomber malade mentalement, ce qui nous montre comment nous sommes tous polymorphe pathologiques.  A signaler que Jacques Schotte a aussi participé activement au GT Psy, moments de rencontre autour les questions de la psychothérapie institutionnelle en France, et y devenu grand ami de Jean Oury. François Tosquelles parlait de sa façon de concevoir l’être humain à partir de sa pathologie en référence à Szondi comme « une danse pulsionnelle ».

La psychothérapie institutionnelle aujourd’hui

Historique. Jacques Azoulay. Extrait

La notion de psychothérapie institutionnelle est apparue en France dans l’immédiat après-guerre, à travers la nécessité de transformer les anciens Asiles d’aliénés, dénommés Hôpitaux Psychiatriques en 1938, en instruments de soins authentiques.
La démarche est inaugurée par Tosquelles, Balvet, Bonnafé pendant la guerre. Daumezon et Koeklin officialisent le terme en 1952, désignant des expériences de plus en plus variées, voire divergentes. Un dénominateur commun subsiste : la référence à la psychanalyse et aux thérapies de groupe, et pour certains, l’importance donnée aux aspects sociologiques, voire politiques.

Le mouvement se poursuit pour répondre aux nécessités du traitement des psychoses graves, et en particulier des états schizophréniques. Mais il s’adresse aussi à un certain nombre d’états limites dans des moments critiques de leur parcours.

Dans les années 1960-1970, on peut opposer les travaux du groupe de la  » Psychothérapie Institutionnelle  » (Tosquelles, Oury, etc), d’inspiration surtout lacanienne, et la notion de  » Soins Institutionnels  » (Racamier), complémentaires du traitement psychanalytique individuel.

Les expériences de psychothérapie institutionnelle se veulent aujourd’hui plus modestes ou plus réfléchies. Mais l’importance de l’aspect institutionnel du traitement global des psychoses s’affirme, compte tenu des déceptions que les psychothérapies individuelles des états psychotiques graves ont provoquées.

Ainsi s’élabore peu à peu, dans chaque institution particulière, en s’appuyant sur des données largement convergentes, une possibilité de tirer partie, dans un sens dynamique, des échanges de la vie quotidienne, dans tous les lieux où des soignants psychiatriques et des thérapeutes accueillent des malades mentaux.

La psychothérapie institutionnelle de Saint Alban à La Borde

Jean Oury. Extrait de Conférence.

Jean Oury est né en 1924. Interne a l’hôpital de Saint-Alban puis dans le Loire et Cher, il quitte ce poste suite a à une dispute pour fonder, accompagné de ses patients – psychotiques pour la plupart – la clinique de La Borde. Une clinique psychiatrique ou une institution spécialisée située dans un drôle de château perdu au milieu des bois qui n’a rien de commun avec l’idée la plus optimiste qu’on pourrait se faire de l’hôpital, et a fortiori rien à voir non plus avec la réalité d’une maison de soins… La Borde a été créée par Jean Oury, en 1953

…Ce mouvement de psychothérapie institutionnelle s’est développé autour de médecins et d’infirmiers. Les hôpitaux gardaient en général, une structure carcérale, concentrationnaire. Des infirmiers, pendant la guerre, avaient été prisonniers, certains avaient été dans des camps de concentration. Quand ils sont rentrés, ils avaient une vision du monde différente : leur milieu de travail, le même qu’avant-guerre, leur rappelait l’expérience qu’ils venaient de traverser dans les camps de concentration…
C’est un événement dans la vie de quelqu’un de reprendre sa profession d’avant-guerre et de se retrouver à peu près dans la même atmosphère que dans les camps de concentration. Vous savez que pendant l’occupation, il y a eu en France une telle misère dans les hôpitaux psychiatriques que 40 % des malades y sont morts de faim. Cela créait un terrain assez favorable pour une prise de conscience, non seulement individuelle mais collective, impliquant la nécessité de changer quelque chose. J’aime bien rappeler cette origine de la psychothérapie institutionnelle. On a souvent, en effet, trop tendance à se diluer dans des choses assez abstraites, soi-disant théoriques, et de perdre en fin de compte l’essence de la question. On pourrait donc définir la psychothérapie institutionnelle, là où elle se développe, comme un ensemble de méthodes destinées à résister à tout ce qui est concentrationnaire.

Concentrationnaire, c’est peut-être un mot déjà vieilli on parlerait actuellement bien plus de  » ségrégation  » . Or, ces structures de ségrégation existent partout, de façon plus ou moins voilée. Tout entassement de gens, que ce soit des malades ou des enfants, dans n’importe quel lieu, développe, si on n y prend pas garde, des structures oppressives. Simplement le fait d’être dans un collectif, avec une armature architecturale et conceptuelle vieux jeu. La psychothérapie institutionnelle, c’est peut-être la mise en place de moyens de toute espèce pour lutter, chaque jour, contre tout ce qui peut faire reverser l’ensemble du collectif vers une structure concentrationnaire ou ségrégative…

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